« Rift », nom masculin. Terme anglais également utilisé en français, signifie « fissure », « faille », « fossé », « cassure ». En milieu continental, synonyme de fossé d’effondrement. Larousse. Cependant, lorsqu’on lui adjoint un article, qu’il soit masculin ou féminin (le ou la Rift, sous-entendu la Rift Valley, ou Vallée du Rift), il s’agit du Grand Rift Est-Africain.

Des caractéristiques physiques hétérogènes

La fissure traverse la vallée du Jourdain et file jusqu’à l’océan Pacifique en passant par l’Éthiopie, le Kenya ou encore la Tanzanie. Le Grand Rift est situé à la limite de trois plaques tectoniques : la plaque arabique au nord-est, la plaque nubienne à l’ouest et la plaque somalienne au sud, au milieu desquelles l’Afar se fait point de jonction. Le résultat de ces craquements tri-directionnels à l’allure d’un « Y » a révélé trois rifts faisant partie du même système : le rift de la mer Rouge, le rift du golfe d’Aden et le rift Est-Africain. Une formation qui débuta il y a quelque 100 millions d’années, lorsque les plaques se mirent à diverger, provoquant des fractures et des dépressions bordées de hauts plateaux dont les parois escarpées s’élevèrent au-dessus de la vallée. Il est possible de deviner, en regardant une carte, que l’Afrique et l’Arabie étaient autrefois une seule entité dont la faille s’agrandira certainement encore, séparant les terres situées à l’est du Grand Rift du reste du continent africain. La Vallée du Rift est l’un des plus importants systèmes de faille de la planète, elle s’étend ainsi sur plus de 9500 km de long et 40 à 50 km de large, depuis le Sud de la mer Rouge – les premières traces du Rift apparaissent dans le golfe d’Aden il y a 30 millions d’années environ – jusqu’au delta du Zambèze, au sud. Le Grand Rift est terre de volcans, dont certains sont encore en activité, parmi lesquels le grandiose Kilimandjaro (5895 m) – composé de trois volcans dont deux seulement sont considérés comme inactifs – et le Mont Kenya (5199 m), mais aussi Erta Ale en Éthiopie, Nyamuragira au Congo, ou la montagne sacrée des Masais, Ol Doinyo Lengaï, en Tanzanie.

Outre les volcans, les paysages du Rift voient se dresser des cratères éteints, ainsi le Ngorongoro, et de nombreux lacs alcalins. La multiplicité des lacs et des cours d’eau, nés lors de la formation de cette gigantesque fissure nord-sud de l’Afrique de l’est, confère à la région une grande hétérogénéité. D’une rive à l’autre, le paysage n’est pas le même. À l’est du Rift, on retrouve une activité volcanique importante et de fait, des flux de chaleur supérieurs et une région aride, tandis qu’à l’ouest, le climat se fait plus humide et la région boisée. Du fait de l’activité tectonique intense qui la caractérise et de l’ampleur des variations hydrologiques, l’évolution de cette région d’Afrique de l’Est est en interaction directe et permanent avec les facteurs climatiques et géologiques. Ainsi voyons-nous des lacs naître et disparaître, ou être amenées à disparaître, répondant aux périodes de pluies diluviennes ou de sécheresses intense autant qu’aux anomalies de températures océaniques.

Un sanctuaire

La région de l’Afar réside au cœur du système de rift arabo-africain.

Marquée par son activité volcanique et tectonique intense, son histoire fait de l’Afar le cœur de l’évolution, notamment en ce que cette activité à permis de figer le temps depuis le Miocène (11 mA) jusqu’à l’Actuel, favorisant la fossilisation de nombreuses espèces biologiques – parmi lesquelles certains préhumains célèbres – et nous offrant des archives uniques sur nos origines.

La Vallée du Grand Rift constitue une mine de vestiges et d’informations qui permettent de reconstituer l’histoire de l’évolution humaine sur plus de 8 millions d’années. Selon l’hypothèse, toujours d’actualité, du paléontologue Yves Coppens, intitulée « l’événement de l’Homo ou (H)omo event« , l’origine de l’homme et le Rift sont associés, l’émergence de l’Homo étant due à la nécessité d’adaptation d’un préhumain à un changement climatique.

En effet, c’est sur ces terres volcaniques que ce serait déroulée l’une des métamorphoses les plus importantes pour l’espèce humaine, l’adoption de la bipédie. Si les premiers fossiles furent déposés au Muséum d’histoire naturelle de Paris au tout début du XXe siècle, ils sont des millions à avoir été mis à jour depuis dans ce qui constitue l’une des plus grandes réserves paléontologiques du monde. La Corne d’Afrique doit beaucoup de sa renommée à l’une des découvertes les plus spectaculaires pour l’humanité, celle de fossiles d’hommes et d’espèces voisines, – dont en 1974, la découverte dans l’Hadar d’une partie du squelette de Lucy – conférant au Rift le statut de « conservatoire des premières traces de l’homme ».

Grand Rift, terre fertile

Les ossements et autres vestiges de l’humanité ne sont pas les seules richesses de la Vallée du Rift. Ici se concentrent une extraordinaire faune et une flore qui ne l’est pas moins, particulièrement autour des lacs alcalins qui abritent des milliers d’oiseaux et autres somptueux animaux.

Les grandes provinces basaltiques (coulées de roches magmatiques volcaniques) ont vu le jour sous l’impact des déchirures continentale, la conjonction des trois rifts conduisant à la dépression de la région Afar et au morcellement des trapps en plusieurs plateaux : éthiopiens, yéménites et somaliens.

Les hauts plateaux d’Éthiopie, plus frais et humides que la plaine, forment une zone fertile, une terre agricole idéale. La province de Yirgacheffe possède tous les attraits nécessaires à l’agriculture, offrant un sol volcanique riche sur lequel les plantations s’étendent, luxuriantes. Ici le caféier prospère, ici d’après la légende de Kaldi, est né le café.


Gloria MONTENEGRO & Christina CHIROUZE