Par : Gloria Montenegro

Depuis dix-sept ans, j’ai dédié ma vie à ma passion café, à ma folie café. Tout est parti d’une envie : goûter les cafés comme les vins, pour pouvoir en parler. C’est la caféologie, que j’ai d’abord ressentie en moi, avant de l’exprimer. Mon envie a su provoquer l’enthousiasme, voire la passion autour de moi : j’ai vu briller des yeux, entendu battre des cœurs à l’unisson avec le mien. Les cafés m’ont dicté des poèmes, se sont infiltrés dans mes rêves.

À partir d’un rêve et d’un poème, j’ai tissé une utopie. Elle est faite d’un monde plus juste pour les producteurs ; plus sensuel pour les consommateurs ; plus conscient pour tous, et avec les mêmes opportunités de goûter au meilleur. Un monde convivial, clair, digne, où, du Nord au Sud, on se regarde dans les yeux et le front haut.

Nous sommes passés à l’acte dans ce qui est, non plus une utopie, mais une aventure café : La Caféothèque de Paris. Le 15 septembre prochain, cela fera douze ans que nous avons jeté l’ancre en bords de Seine.

La barque est devenue, au fil du temps, un petit cargo. On s’en approche en humant le parfum envoûtant de chaque torréfaction, et, passé le pas de la porte, on s’y sent hors du monde. J’ai voulu que cette maison soit celle qui accueille mon utopie. Qu’on y écoute, qu’on y regarde, qu’on y sente, qu’on goûte et qu’on parle café. Qu’on les nomme tous, ces cafés, par leur nom et leur prénom, avec respect. Que les baristas soient les porte-parole de chaque cru, qu’ils leurs donnent les moyens d’exprimer leur histoire de terroir. Et que chaque visiteur en sorte un peu transporté, un peu transformé.

C’était un défi, de créer cet espace hors du monde de la production de masse, marqué par la sueur des hommes et le saccage café ; hors du monde des comptoirs où on ne boit que des amers mélanges, des cafés réveils anonymes.

Mais cette utopie est devenue réelle à travers les vocations trouvées, merveilleuses, multiples et qui m’inspirent au quotidien : celles de mes élèves, quatre cents esprits conquis par les cafés authentiques.

Elle a aussi pris forme à travers l’encre de journalistes, d’écrivains ; inspiré des artistes, des musiciens, des poètes qui nous visitent tous les jours, et qui font revivre l’esprit des Lumières.

Écrire ce livre était un autre défi, d’une ampleur toute nouvelle pour la « poète du café » que je suis, un défi imprévu dans mon parcours, où le verbe est oral, et s’exprime en deux langues.

Mais surtout une belle aventure humaine et intellectuelle, qu’on a relevé avec ma fille, Christina, coéquipière de café et co-auteure. Écrire ensemble, c’était aussi lire, se lire, se relire, débattre, partager, rire, rêver, échanger, découvrir et grandir ensemble dans l’approfondissement, toujours accompagnées des meilleurs cafés.

Ce livre n’a pas la prétention d’être une encyclopédie, ni un livre scientifique. Il n’est pas du tout exhaustif. Il est porté par l’intuition qui est le sixième de mes sens, tous ouverts vers le café. Il ne fait que tendre vers la lumière qui se laisse voir, au bout du tunnel de la sombre histoire du petit noir. C’est un livre-galerie, un livre-poème, un livre-pamphlet, un livre-pensées.

C’est un espresso de ma vie dans le café.

Paris, 22 juillet 2017