Venez. Soignons l’ambiance sonore d’abord : faites silence autour de vous, et surtout en vous. Entrons en matière.
Posez ce livre devant vous, et prenez une tasse. Elle est petite, une tasse à espresso italien ; un verre, avec un café préparé à la turque ; ou peut-être une tasse moyenne, avec un allongé ; ou encore un mug où vous aurez versé un liquide sombre et léger.

Qu’il soit préparé en piston, en filtre, en cafetière italienne, en espresso, ou même en siphon : peu importe la méthode, ni même encore d’où viennent vos grains. C’est votre café, et c’est cela qui est important.
Sentez d’abord cette tasse avec vos mains. Ses rondeurs, ses imperfections. Sa matière : en porcelaine ? en grès ? en verre ? Elle est sûrement encore chaude, mais prenez-la en entier, tenez-la bien, et jouez avec elle, caressez-la. Percevez comme le café déjà s’exprime à travers elle.
Regardez-le bien ce café : est-ce vraiment un petit noir ? N’est-il pas plutôt couleur bois, couleur terre, voire un peu ocre, délicatement doré sur les bords ? Faites-le tourner dans le récipient. Est-il translucide aux mille reflets, ou opaque à l’épaisseur sablonneuse ?
Maintenant fermez les yeux. Humez… plongez votre nez dans les senteurs chaudes qui émanent de cette tasse, laissez-le communiquer directement avec votre cerveau. Observez comme ce cerveau, généralement si rationnel, s’évade déjà… il commence à voyager, dans le temps, dans l’espace. Inconsciemment, cette boisson lui rappelle quelque chose… un moment, une forme, une couleur… Peut-être insaisissables encore, mais bien existants.
Les effluves de cette boisson magique invitent maintenant votre sens du goût. Non, n’ouvrez pas les yeux. Prenez une gorgée, et concentrez-vous. Promenez le liquide dans votre bouche. Est-il gras ? Est-il aqueux ? Laissez votre langue danser avec lui, faites-le tourner, pour qu’il touche le palais, les parois de la bouche, se cache un moment sous la langue… Que sentez-vous de prime abord ? Une pointe d’acidité ? De l’aspérité ? De la douceur ou de l’amertume ? Un peu de salé, pourquoi pas ? Allez un peu plus loin maintenant… oubliez qu’il s’agit de café. A-t-il un goût qui vous rappelle un fruit ? une noix ? une fleur ? une promenade en forêt ? un dessert ? une grillade ? ne vous mettez pas de freins, ne rationnalisez pas, créez cette connexion entre votre mémoire sensorielle et votre conscient. Quand vous serez prêt, des mots se poseront dessus. Rien n’est trop farfelu. Appropriez-vous ce café, le vôtre, intégrez-le à votre vécu gustatif, olfactif, sensoriel.
Et avalez-le. Gardez les yeux fermés. Maintenant qu’il a glissé le long de votre gorge… est-il toujours présent dans votre bouche ? Dans votre nez ? Si c’est le cas… sentez comme cette longueur en bouche évolue, comme il se révèle peu à peu, et vous éveille à d’autres sensations, à d’autres souvenirs enfouis.
Maintenant vous pouvez ouvrir les yeux.
Et vous pouvez reprendre ce livre.
Vous êtes prêts.
Bonne dégustation !
Gloria MONTENEGRO & Christina CHIROUZE